On connaît l’expression : “C’est la goutte qui fait déborder le vase” Cette image du trop-plein, du petit rien qui change tout, on la comprend tous intuitivement.
En savonnerie, j’aime bien la détourner ainsi : “C’est le gramme qui fait déborder le moule”.
Pas parce que les savons débordent (enfin, ça, ça arrive de temps en temps 😅, mais c’est une autre histoire). Plutôt parce qu’en formulation de savons saponifiés à froid, tout se joue dans les proportions. Un gramme de trop ou de moins, et l’équilibre de la formule bascule.
La formulation de savons à froid : entre soude, huile et équilibre
La saponification à froid repose sur une réaction entre des corps gras (huiles et beurres végétaux) et de la soude. Ce n’est pas une recette qu’on ajuste “au feeling”. C’est une réaction chimique, avec ses propres règles.
Pour qu’elle se passe bien, les proportions doivent être exactes. Chaque huile a ce qu’on appelle un indice de saponification : une valeur qui indique la quantité de soude nécessaire pour la transformer en savon. Ces valeurs sont connues, documentées, et c’est à partir d’elles que se calcule chaque formule.
Résultat : à la savonnerie, rien ne se fait à l’œil. Tout est pesé, noté, vérifié. C’est la base… et c’est non négociable !
La soude : ni trop, ni pas assez !
C’est sur la soude que l’équilibre est le plus critique.
Trop de soude par rapport aux huiles, et le savon devient caustique. On parle de sursoude — un savon qui peut irriter, voire brûler la peau. Pas assez, et le surgras grimpe trop haut : le savon reste mou, s’oxyde plus vite, et rance prématurément.
Entre les deux, il y a une zone d’équilibre précise. C’est là que se construit un savon stable, doux, qui tient dans le temps.
Le surgras, ce petit pourcentage qui change tout
Le surgras, c’est le pourcentage d’huiles laissées volontairement non saponifiées dans la formule. Ces huiles restent libres dans le savon. Ce sont elles qui contribuent à sa douceur, à son toucher, à ce qu’il laisse ou non sur la peau.
Un surgras trop bas, le savon peut être agressif. Trop haut, la formule devient instable dans le temps… et les huiles libres finissent par rancir.
Trouver le bon curseur, c’est une question de formulation. Le maintenir d’une fournée à l’autre, c’est une question de rigueur au pesage. Un gramme d’écart sur la soude, et le surgras calculé n’est plus tout à fait celui du savon réel.
C’est pour ça que la balance n’est pas qu’un outil pratique. C’est une garantie ! Une garantie pour la stabilité du savon… et pour la personne qui va l’utiliser !
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C’est le gramme qui fait déborder le moule. Et c’est pour ça que chaque pesée compte.